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ENGLISH

Manifesto for an agriculture of love
Film of the New Ministry of Agriculture with Hervé Coves
1h30. 2020 (French)


"The difference between the forest and the desert is not water, it's the human". 
Deforestation, overgrazing, inappropriate agriculture in tandem with climatic variations have caused soil degradation and massive desertification. It is said that a squirrel could cross Spain without touching the ground, the gardens of Babylon and the Sahara were abundant. Profound changes in agricultural practices, well beyond the various band-aids that our ministers of agriculture can propose, are necessary:
We asked the beloved Franciscan soil engineer and mycologist Hervé Coves to design an enviable agricultural program. And it is a magnificent manifesto that he has given us. His 1,000-year program ranges from cultivating rain, to soil regeneration, to sacred millennium trees, off the grid living, tree education, from the aurora borealis to migratory birds, fish to phosphorus circulation, walking to climate adaptation, and all of this while cultivating many plants, but most of all, much love.
Widely involved in the contemporary agricultural metamorphosis, agroforestry and permaculture, Hervé Coves worked at the Chamber of Agriculture for years and realized after a personal epiphany that the agriculture he had facilitated worked against the earth as opposed to with earth. 
Production Ocho Equis with the support of the Association Le Cyclop de Jean Tinguely, Milly-la-Forêt, France and La Cuisine, Centre d'art et de design, Nègrepelisse.

 

 

FRANCAIS

Manifeste pour une agriculture de l’amour

Film du Nouveau Ministere de l'agriculture avec Herve Coves

1h30. 2020

“ La différence entre la forêt et le désert, c’est pas l’eau, c’est l’homme”. 

La déforestation, le surpâturage, l’agriculture inappropriée en tandem avec des variations climatiques ont causé des dégradations de sols et des désertifications massives. Un écureuil pouvait dit-on traverser l’Espagne sans toucher la terre, les jardins de Babylone et le Sahara étaient abondants. Des changements de pratiques agricoles profonds, bien au delà des divers pansements que peuvent proposer nos ministres de l’agriculture, s’imposent.

C’est au bienaimé ingénieur agronome pédologue mycologue franciscain Hervé Coves que nous avons demandé de concevoir un programme agricole enviable. Et c’est un magnifique manifeste qu’il nous a offert. Son programme sur 1 000 ans lie la culture de la pluie à la régénération des sols, les arbres millénaires sacrés à l'école des cabanes sauvages, les aurores boréales aux oiseaux migrateurs, les poissons à la circulation du phosphore, la marche à l’adaptation climatique, et tout ça en cultivant de nombreuses plantes mais surtout beaucoup d’amour. 

Largement impliqué dans la métamorphose agricole contemporaine, l’enseignement de l’agroforesterie et la permaculture, Hervé Coves longtemps travailler à la chambre d’agriculture de Corrèze avant qu'une epiphanie lui fait realise qu'il avait travailler contre la terre, plutot qu'avec.

 

Production Ocho Equis avec le soutien de l’Association Le Cyclop de Jean Tinguely, Milly-la-Forêt, France et La Cuisine, Centre d’art et de design, Negrepelisse.

Comment le Manifeste pour une agriculture de l’amour et Hervé Coves m'ont bouleversé

Suzanne Husky

 

J'écris depuis le territoire non-cédée des Ramaytush Ohlone (depuis la baie de San Francisco ). 

J'écris de manière tout à fait exceptionnelle pour partager un film: le Manifeste pour une agriculture de l’amour. 

 

Vers 2014, une amie artiste et jardinière comme moi Margaretha Haughwout (avec qui je collabore dans Coven Intelligence project) m’a conseillé un livre qui nous a profondément bouleversé; Tending the wild, native american knowledge and the management of California’s natural resources de M. Kat Anderson. Pour la première fois, nous avons vu clairement et de manière argumentée un rapport d'alliance entre les humains et la terre, des pratiques de culture des milieux qui créaient une abondance de vies bénéfiques à tous. Ce modèle est en opposition aux modèles agricoles dominants ou horticoles d’ou nous venions, et nous donnait pour la première fois des outils - dans nos façons de nous lier à la terre - mais aussi un outils de lutte dans nos groupe de lecture post Occupy ( où nous lisions BIFO, Jason Moore, Graeber) où nos aspirations à inclure les non human étaient raillées comme des pensées vestiges du mythe du bon sauvage. Dans son énorme livre, l’ethnobotaniste Kat Anderson ( professeure à l'UC Davis) déconstruit totalement le mythe élaboré notamment par les écrits de John Muir du chasseur/cueilleur et d’une nature vierge californienne. Cette vision de la nature vierge avait été amplifiée par les peintres du sublime californien de la fin du 19ème, qui font stratégiquement apparaître une abondance en eau, en gibier, et en ‘nature vierge’, sans habitants. Ces peintures étaient souvent commissionnées par les tycoons des voies ferroviaires (comme Leland Stanford de l'université du même nom) qui envoient les tableaux à New York et vendent des billets de trains de luxe - desquels on peut tirer sur des indiens -, et font de la spéculation immobilière  le long des voies ferrées jusqu'à leur destinations finales. La place des peintres dans la création de cette propagande est très bien expliquée dans le livre de Claire Perry Pacific Arcadia Images of California, 1600-1915, Oxford University Press. 1999. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Artiste non identifié, Palace-Car Life on Pacific Railroad, From Schearer, The Pacific Tourist (1884), frontispice, Collection privée.

Kat Anderson déconstruit donc minutieusement ce mythe et le remplace par les savoirs encyclopédiques qu’avaient les natifs américains sur les plantes - avec un système de classification basé sur les usages -, les méthodes de soin, de gestion, de cultures, de propagation. Depuis des millénaires la biodiversité est intentionnellement amplifiée en semant, taillant, repiquant, divisant, brûlant, en disséminant et récoltant les graines, espaçant les bulbes, les rhizomes et les tubercules, en sélectionnant, en dérangeant le milieu afin de le stimuler la croissance végétale, réduire la compétition, aérer les sols, etc etc etc. Elle nous montre un monde où on se nourrit avec un millier de plantes différentes - au lieu de cinquante aujourd’hui. Les plantes servent aussi à la médecine, à faire des paniers, des armes, des outils, des jeux, des abris, des objets de cérémonie, si bien qu’on est toujours en interaction avec elles, on leur parle, on prie pour elles, on les remercie avec des offrandes. 

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M K Anderson croise les récits d’abondances faits par les colons au fils des siècles avec ceux des natifs. Je traduis quelques passages de ce livre qui n’est publié qu’en anglais. 

 

"Aucun pays au monde n'était aussi bien approvisionné par la nature, en nourriture pour l'homme, que la Californie, lorsque les Espagnols l'ont découverte. Chacun de ses premiers visiteurs a laissé des témoignages à ce sujet : ses collines, ses vallées et ses plaines étaient remplies d'élans, de cerfs, de lièvres, de lapins, de cailles et d'autres animaux propres à l'alimentation ; ses rivières et ses lacs grouillaient de saumons, de truites et d'autres poissons, leurs lits et leurs rives étaient couverts de moules, de palourdes et d'autres mollusques comestibles ; les rochers de ses rivages étaient remplis de phoques et de loutres ; et ses forêts étaient pleines d'arbres et de plantes portant des glands, des noix, des graines et des baies". Titus Fey Cronise, La richesse naturelle de la Californie (1868). p13. Wildlife, Plants and People.

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Seal Rock. San Francisco 1872. Albert Bierstadt

 

Tending the Wild est une collecte de centaines de témoignages comme le suivant.

 

"Battre les plantes de chia [Salvia columbariae] pour aider les graines à se disperser dans la zone et améliorer la récolte. Sinon, les graines restent dans la gousse et, sans les recueillir, les insectes les mangent. William Pink, Luiseno/ Cupeno (1997). p240. California’s Cornucopia. A calculated Abundance.

 

L’utilisation du feu pour nettoyer, pour stimuler la croissance végétale et chasser donnent un autre angle de lecture des feux monstrueux qui engloutissent des forêts immenses.

 

"Ce que nous avons déjà appris sur la façon dont les populations autochtones ont façonné le paysage a des implications évidentes pour la gestion moderne des terres sauvages. Le fait de retirer aux Indiens de Californie leurs rôles traditionnels en matière d'économie et de gestion des terres n'a pas conduit à un état préhumain de la nature dans nos régions sauvages. Au contraire, l'approche non interventionniste de la gestion des réserves naturelles met en péril la stabilité à long terme de nombreuses communautés végétales. Par exemple, les prairies côtières de la côte nord-ouest et les prairies de montagne de cette Sierra Nevada sont envahies par une végétation ligneuse, ce qui homogénéise les paysages et diminue la biodiversité. Cela est dû non seulement à la suppression des incendies et à la dégradation et à la perte de l'habitat dues aux utilisations modernes des terres, mais aussi à l'absence de l'ancienne influence autochtone" p 186. Tenir la nature. Gestion des terres autochtones. Paysages de l'intendance.

 

Elle traduit le mot dont les autochtones se servent pour parler de cette forme d’agriculture en anglais, c’est “caring about”. 

 

J'écris donc pour parler d’un film.

 

J’ai étudié la permaculture avec Starhawk. Le premier jour, nous avons pris connaissance les un.e avec les autres grâce à un rituel d’eau. Chacun d'entre nous s’est raconté en parlant d’une eau qu'il.elle avait amené. Les eaux sont versées dans un récipient commun, ce sont les eaux du monde, celles qui nous relient tous.tes entre nous mais aussi à toutes les autres eaux. A la fin du séjour, nous repartons tous.tes avec un peu de nos eaux qui comme nos vies sont désormais mélangées. 

Un an plus tard, j’ai entendu parler d’un rituel de terre. Chacun.ne amène une poignée de bonne terre, les terres sont mélangées, nourries de ferments. Chacun repart avec de la terre enrichie des microorganismes, de spores de champignons des autres terres et pourra complexifier la biodiversité de son jardin en l’enterrant sous un arbre. Je me suis inscrite à un cours de l'ingénieur agronome mycologue franciscain et j'ai écouté Hervé Coves. 

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Dans 1cm2 de terre, on peut compter jusqu'à 1 milliard de bactéries et 1 million de champignons et de protozoaires. Image OchoEquis

 

Stéphanie Sagot et moi même avons un duo artistique qui s'appelle le Nouveau Ministère de l’Agriculture. Il s’ancre dans l’observation que quel que soit le gouvernement en place, la nature extractiviste, la responsabilité environnementale de cette branche gouvernementale n’est pas questionnée. Le NMDA met en lumière l’arc idéologique du ministère de l’agriculture en grossissant ses traits les plus problématiques au regard de la santé de la terre.

 

C’est à Hervé que nous avons demandé d'être ministre de l’agriculture et d’imaginer la politique agricole qui nous permettait de sortir de l’impasse imminente. Et son magnifique programme se déploie sur 1000 ans, liant la récolte du soleil à la culture de la pluie à la régénération des sols, les arbres millénaires sacrés à l'école des cabanes sauvages, les aurores boréales aux oiseaux migrateurs, les poissons à la circulation du phosphore, la poussière dans les chaussure des marcheurs à l’adaptation climatique, et tout ça en cultivant de nombreuses plantes mais surtout beaucoup d’amour. 

Nous l’avons filmé, le film s'appelle Manifeste pour une agriculture de l’amour.

Pour Hervé, comme pour Starhawk, l’air, le souffle, les mots sont sacré, magie, et sont une opportunité de transformer. Hervé choisit ses mots avec un grand soin, ils sont un soin à l’air qui nous entoure. 

 

“Ce n'est que lorsque le texte écrit commença à parler que les voix de la forêt et de la rivière commencèrent à s'estomper. C'est alors seulement que le langage a perdu son ancienne association avec le souffle invisible, que l'esprit s'est séparé du vent, que la psyché s'est dissociée de l'air ambiant.” David Abram. Comment la terre s'est tue.

 

Il parle d'”œuvrer avec la terre”. Oeuvrer avec la terre. Caring about. Tending the wild. Les mots dont nous avons besoin pour s'émanciper de la plantacionocène émergent doucement.

Pour moi qui suis artiste, de qui l’on attend des œuvres, j’avoue être bouleversée par cet emploi du mot ‘oeuvrer’, il n’y a désormais qu’une œuvre possible; celle d'aggrader la terre.

 

Ce film est donc un manifeste plein d'outils très concrets qui s’oppose en tout aux programmes agricoles auxquels nous sommes habitués. Comme le livre de Kat Anderson, il vient s'opposer aux innombrables dystopie qui suffoquent nos imaginaires, pour nous laisser entrevoir un autre possible. Nous avons les savoirs agronomiques pour mettre en place des cultures sur sols vivants qui nous sauveront des sécheresses imminentes, de la mort de nos sols devenus étanches, de la chute des biodiversités; nous savons créer l’abondance. Comme le dit l’agronome Konrad Schreiber, au sujet de l’agroforesterie, “quand il y a de l’abondance il y a du partage entre les plantes, les animaux, quand il y a de la pénurie, il y a de la compétition" et ce qui se passe dans les champs se transpose à l'économie actuelle basée sur la pénurie et l’accumulation.

Ce film est pour vous, pour l’actuel ministre de l’agriculture Julien Denormandie et ses successeurs. 

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Dans le jardin d’Hervé il y a une école d’arbre, ou il aide des espèces non locales à s'adapter en les associant avec des plantes cousines qui connaissent les mycorhizes avec lesquelles s’associer. Image OchoEquis

 

Ce film est un film du Nouveau Ministère de l’agriculture (Stéphanie Sagot et Suzanne Husky)

Il a été filmé par OchoEquis (Brigitte Bousquet, Marco Bentz). Il est financé par La Cuisine Centre d’Art et de Design, Negrepelisse ( fondé par Stéphanie Sagot) et le Cyclop, Milly-la-foret.

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